Feuilles de pommier enroulées et rougies : le puceron cendré

Si les jeunes feuilles au bout des rameaux de votre pommier s'enroulent en cornet et virent au rouge ou au pourpre, le responsable est presque toujours le puceron cendré du pommier (Dysaphis plantaginea). Ce puceron gris-bleuté pique les pousses tendres au printemps et déforme durablement les jeunes fruits, qui restent petits et bosselés. La bonne nouvelle : en intervenant tôt — taille des pousses atteintes, savon noir, blocage des fourmis et coup de main des auxiliaires — on stoppe l'infestation sans recourir aux insecticides.

Pommier sain : feuillage vert et pommes bien formées.
Sain
Feuilles de pommier enroulées et déformées par le puceron cendré.
Atteint

Photo saine : mauro halpern · CC BY 2.0 — Photo atteinte : User:MarkusHagenlocher · CC BY-SA 3.0

Reconnaître le puceron cendré et ses dégâts

Le symptôme typique : les jeunes feuilles de l'extrémité des rameaux s'enroulent vers le bas en cornet, se crispent et prennent une teinte rouge, pourpre ou jaunâtre. En dépliant délicatement une feuille, on découvre des colonies de petits pucerons gris-bleuté recouverts d'une fine poussière cireuse (d'où le nom « cendré »), souvent accompagnés de fourmis et d'un miellat collant. Sur les jeunes fruits, l'attaque provoque des pommes rabougries, déformées et bosselées qui restent petites. C'est ce qui distingue le puceron cendré du puceron vert du pommier, plus commun mais sans effet durable sur les fruits.

Pourquoi votre pommier est attaqué

Le puceron cendré passe l'hiver sous forme d'œufs noirs pondus sur l'écorce et les rameaux ; ils éclosent au débourrement, exactement quand les jeunes feuilles tendres apparaissent. Les colonies explosent au printemps par temps doux, puis migrent en été vers leur hôte secondaire, le plantain, avant de revenir pondre à l'automne. Deux facteurs aggravent les attaques : un excès d'azote (engrais trop riche) qui produit des pousses tendres très appétentes, et la présence de fourmis qui « élèvent » les pucerons pour leur miellat et chassent les prédateurs. Un verger pauvre en haies et en fleurs, donc en insectes auxiliaires, est aussi bien plus vulnérable.

Que faire : le traitement, du plus doux au plus fort

Dès les premières feuilles enroulées, coupez et détruisez les extrémités de rameaux colonisées : c'est rapide et cela élimine des colonies entières avant qu'elles n'essaiment. Douchez ensuite les foyers avec une solution de savon noir (1 à 2 cuillères à soupe de savon noir liquide par litre d'eau tiède), en insistant sous les feuilles, à répéter tous les 5 à 7 jours ; le savon dissout la protection cireuse des pucerons. Posez une bande de glu ou une barrière collante autour du tronc pour bloquer les fourmis, ce qui laisse les coccinelles, larves de syrphes et chrysopes faire le ménage. En cas de forte infestation seulement, un traitement homologué au pyrèthre végétal peut être utilisé en dernier recours, le soir : efficace mais non sélectif, il tue aussi les auxiliaires et les pollinisateurs, à éviter pendant la floraison.

Prévenir les attaques les années suivantes

La meilleure prévention est de favoriser les auxiliaires : plantez des haies, laissez fleurir des bandes de fleurs mellifères (souci, phacélie, ombellifères) et installez des abris à coccinelles près du verger. Un badigeon d'argile (blanc arboricole) ou une pulvérisation d'huile de colza en fin d'hiver, au stade gonflement des bourgeons, étouffe une partie des œufs avant l'éclosion. Modérez les apports d'azote et privilégiez un sol équilibré pour limiter les pousses tendres, et inspectez chaque printemps l'extrémité des rameaux pour intervenir dès les premiers cornets. Enfin, éliminer les repousses de plantain sous l'arbre réduit l'hôte de relais estival du ravageur.

À retenir
  • Feuilles enroulées en cornet + rougies au bout des rameaux = puceron cendré (pas le puceron vert).
  • Agir tôt : pincer et couper les pousses colonisées dès les premières feuilles crispées.
  • Doucher au savon noir (1-2 c. à soupe/litre) sous les feuilles, à répéter tous les 5-7 jours.
  • Bloquer les fourmis avec une glu au tronc : elles protègent les pucerons des coccinelles.
  • Prévenir avec haies fleuries, huile de colza en fin d'hiver et apports d'azote modérés.

Questions fréquentes

Pourquoi les feuilles de mon pommier s'enroulent et rougissent ?

C'est le symptôme typique du puceron cendré. Il pique les jeunes feuilles au printemps, injectant une salive qui provoque l'enroulement en cornet et la coloration rouge ou pourpre. Dépliez une feuille : vous verrez les colonies gris-bleuté dessous.

Le puceron cendré est-il dangereux pour les pommes ?

Oui, c'est le plus nuisible des pucerons du pommier. Contrairement au puceron vert, il déforme durablement les jeunes fruits, qui restent petits, rabougris et bosselés. D'où l'importance d'intervenir dès le printemps.

Quel traitement naturel contre le puceron cendré ?

Coupez les pousses colonisées, douchez au savon noir (1-2 c. à soupe par litre d'eau) sous les feuilles tous les 5-7 jours, et posez une glu au tronc contre les fourmis pour laisser agir coccinelles et syrphes.

Faut-il couper les feuilles enroulées du pommier ?

Oui, quand l'attaque est localisée aux extrémités : couper et détruire ces rameaux élimine des colonies entières d'un coup. Ne les laissez pas au pied de l'arbre. Sur un arbre entièrement touché, privilégiez le savon noir et les auxiliaires.

Quand traiter le pommier contre le puceron cendré ?

Intervenez dès le débourrement et les premières feuilles crispées au printemps, moment où les colonies démarrent. Une pulvérisation d'huile de colza en fin d'hiver (bourgeons gonflés) étouffe une partie des œufs en prévention.